Quelques explications sur le jeûne

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Le jeûne connaît un succès croissant mais les évaluations scientifiques sérieuses manquent. Si l’on commence à mieux connaître les effets de la privation sur l’organisme, force est de rester prudent. Et il y a des risques de reprise de poids.

Crédit photo : Bernard Martinez

Bien manger… mais parfois ne plus rien manger du tout pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Juste boire. Le jeûne, auquel nous avions consacré un dossier (S. et A. n° 820, juin 2015), est de plus ne plus pratiqué. Les déclinaisons (complet, partiel, intermittent) varient selon les motivations et profils des jeûneurs, aguerris ou débutants. Cette pratique, surtout à visée préventive, n’est pas proposée en France dans un cadre thérapeutique. L’idée est de mettre le système digestif en « pause » au cours d’une cure « détox », afin de « purifier » l’organisme des toxines qui s’y seraient accumulées. L’Inserm, qui n’a recensé que quatre études internationales, appelle à en conduire d’autres pour évaluer cette pratique. En revanche, les mécanismes par lesquels l’organisme s’adapte à la privation d’aliments sont mieux connus. Retour sur les quatre phases du jeûne alimentaire.

 

Première phase : l’adaptation
Pendant les premières heures, le corps se retrouve privé de son carburant essentiel, le glucose. Il puise alors dans ses réserves stockées dans le foie sous forme de glycogène. Celles-ci étant rapidement consommées (16 heures après le dernier repas), le taux de sucre dans le sang (glycémie) s’abaisse, ce qui occasionne souvent maux de tête, fatigue, insomnies et nausées. Le cerveau sécrète alors des hormones (cortisol, adrénaline) pour restaurer au mieux ce taux.

Deuxième phase : la production de sucres en interne
Rapidement, les réserves de sucres sont épuisées. L’organisme prélève alors dans les graisses stockées dans le tissu adipeux, soit 10 kg chez un adulte de poids moyen. Celles-ci commencent à fondre, au rythme d’environ 300 g par jour. Mais certains tissus dits gluco-dépendants (cerveau, moelle osseuse, cellules du sang) ne s’accommodent pas de ce plan B. Une voie alternative se met en place (néoglucogenèse) pour fournir l’indispensable sucre à partir d’acides gras présents dans les graisses mais aussi de protéines des muscles.

Troisième phase : limiter la perte de protéines
Un autre processus s’active alors pour limiter la perte des protéines : la production de corps cétoniques (cétogenèse). Ces substances (acétone, acide acétylacétique, acide bêta-hydroxybutyrique) proviennent de la dégradation par le foie et les reins des acides gras et des acides aminés. Elles sont utilisées à la place du glucose par le cerveau et se révèlent être de puissants stimulants de la vigilance, et mettent terme à la sensation de faim. Elles se combinent aux hormones (adrénaline, cortisol, endorphine), ce « cocktail euphorisant » permettant aux jeûneurs de prolonger l’expérience. Mais attention : au-delà de quarante jours en moyenne, le pronostic vital est en jeu.

Quatrième phase : une réalimentation progressive
C’est le temps de la reprise alimentaire, progressive, car l’estomac s’est adapté à la privation et des nausées surviennent en cas de surcharge alimentaire. Mais, avertit le Dr Lionel Coudron dans son ouvrage Le Guide pratique du jeûne (Terre Vivante, 2017), le risque de reprise rapide des kilos perdus plane sur ce moment délicat.

Article écrit par Sylvie Riou-Milliot, Spécialiste santé au magazine Sciences et Avenir

 

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